Messe de minuit
Publié le Vendredi 2 février 2001 à 16:21 par Nicole dans Saisons
J’ai écrit ce conte pour mes élèves en décembre 1999, lorsque je dirigeais l’école de la Source à Bellefeuille dans les Laurentides. Le dernier Noël avant l’an 2000.
À la maison, nous étions 11 enfants. Nous habitions une grande ferme familiale avec une érablière à l’orée d’un vaste boisé. Au cours de la journée du 24 décembre, beau temps mauvais temps, mon père attelait « Ti-loup », notre cheval vaillant, et nous allions chercher notre sapin de Noël, dans notre « sleigh» rouge, tout au fond de la dense forêt. Depuis plusieurs semaines, notre père avait choisi le plus bel arbre pour fêter ce bel événement annuel. C’était celui qui devait recevoir l’Enfant Jésus.
Le soir venu, papa entrait le grand sapin baumier et durant le dégel, quels arômes que ces odeurs se répandant dans toute la maisonnée. Cela nous rendait exités et réjouis. Un peu plus tard, les plus petits étaient au lit et les plus vieux allions chanter la messe de minuit à l’église de la paroisse.
Aller à la messe de minuit dans les années 1952 n’était pas qu’une mince affaire. Il y avait tout un cérémonial à observer. Comme nous étions plusieurs enfants, papa « achetait un banc » pour la famille, le nôtre étant au 2e étage avant de « monter au jubé ». Moi, je chantais à la chorale et plusieurs semaines avant Noël, nous pratiquions nos chants chaque vendredi soir. Certaines années, c’est le père Lindsey de Joliette, qui venait nous péparer par des exercices de la voix.
Le 24 au soir, vers dix-neuf heures, nous nous rendions à l’église pour harmoniser la chorale, en préparation de la messe de minuit. Il y avait des senteurs d’encens et toute l’église paroissiale resplendissait. Les familles nombreuses arrivaient peu à peu tout en se souhaitant de bons voeux respectueusement. L’église était pleine à craquer et les gens ayant revêtus leurs plus beaux atours. Nous assistions aux trois messes d’usage. Après la célébration, les familles se mêlaient tout en échangeant joyeusement des voeux amicaux sur le perron de l’église, en s’invitant pour des soirées familiales ou amicales.
Durant ce temps, à la maison, tout en veillant au fourneau, ma mère décorait l’arbre gigantesque avec de belles boules rayées. En revenant des messes chantées, vers 2 heures du matin, avec les yeux qui grattaient, car le marchand de sable était passé, le sapin scintillant dans le coin du salon nous enchantait par l’harmonie visuelle. Maman nous attendait pour réveillonner avec de belles bonbonnières fabriquées et décorées de ses mains habiles. Des cadeaux enrubannés pour chacun des enfants étaient là, tout au pied du sapin. Nous réveillions les bambins et mes parents remettaient à chacun de nous le précieux présent annuel selon notre âge et notre goût. Maman avait toujours le nez rouge car elle pleurait de tendresse. Papa accompagnait ces moments joyeux d’habiles coups d’archet sur son violon et nous entonnions de nos voix enfantines des chants de Noël. Puis, nous allions nous coucher le coeur joyeux en serrant très fort nos précieux et rares présents.
Alors les enfants, à quelques heures de cette grande fête des enfants, je vous dis: » Sachez apprécier le fait d’avoir de bons parents et soyez de bons enfants. Passez un bon Noël. N’est-ce pas le dernier avant l’an 2000? »
